L’enfant amoureux du rock

Publié: 26 janvier 2011 dans Mes coups de coeur...

Le 14 décembre dernier, la librairie Mollat accueille un enfant du rock et de la télé : Antoine de Caunes fait une escale bordelaise pour nous présenter son Dictionnaire des amoureux du rock. Le rock, une musique qui est « la bande-son » de sa vie, comme il s’amuse à le préciser.

Antoine de Caunes n’avait pas l’intention d’écrire sur le rock, mais le projet proposé les éditions Plon l’a séduit : « Le dictionnaire est un pur prétexte à un abécédaire. Ce qui est important, c’est le mot amoureux. » Avec cette simple phrase, l’ancien trublion du PAF a tout résumé : il nous propose une tendre balade dans ses souvenirs. Et comme il a eu la chance de côtoyer les plus grands, de rencontrer certains artistes parfois à leurs débuts, de fréquenter les salles les plus mythiques, la lecture de cet ouvrage est un pur ravissement ! Et si vous êtes comme Antoine de Caunes, un/e amoureux/se du rock, ce qui mon cas, votre plaisir n’en sera que plus intense. Mais attention, ce ne sont pas des « mémoires déguisés ». Ca, il ne voulait surtout pas. Il souhaitait « un livre contemporain ». Il précise juste : « Il y a une émotion, toujours un peu d’humour. C’est une musique agitée, bordélique qui m’a toujours donné espoir et confiance, même dans les moments difficiles. »

Sa culture est principalement anglo-américaine : son premier déclic a eu lieu grâce quatre garçons dans le vent, alias les Beatles au grand dam de son père. Alors bien sûr, le jeune de Caunes n’hésite pas à boucler ses bagages pour aller découvrir la musique qu’il aime. Et malgré tout l’amour qu’il porte à ce son, il ose l’égratigner au passage : « Pour moi le punk, c’était une excellente nouvelle. Le rock était devenu ronflant, un truc emmerdant, une musique de grand-père. » Sans aucun doute, cette nouvelle vague a été salvatrice et a été permis au rock de se renouveler, de redevenir ce chant rebelle. Et comme à chaque nouvelle crise, il en sort plus fort, plus écouté que jamais ! De Caunes sort à nouveau ses gentilles griffes, un poil acérées, pour écorcher un mythe, une légende bien vivante, U2, ou « le plus grand groupe de rock au monde, mais je me méfie toujours des étiquettes ou des petites cases ». A propos de son leader, il n’y va pas par quatre chemins : « C’est une bonne tête à claques quand même ! » Car la bande à Bono use et abuse de son statut de rockstar au profit de la bonne conscience collective. Bien sûr on ne peut qu’adhérer à ses causes, mais comme le signale notre enfant du rock, « il a quelque chose de très sérieux, de pontifiant, mais on est très loin du rock ». Et de saupoudrer le tout de : « La raison d’être de ces artistes, c’est de militer pour un monde meilleur où on serait tous potes… La guerre, c’est moche… Pour ça, on a Patrick Bruel ! », sous un rire général. Et quelque part, il a raison (pourtant j’adore nos Irlandais).

Le rock aujourd’hui reste très présent sur les ondes : des stations de radio lui consacrent des plages horaires entières pour le plus grand bonheur de nos « cages à miel » comme dirait Francis Zegut, le monsieur rock de RTL2. Mais son écoute a considérablement changé : pour la génération d’Antoine de Caunes, le rock était un moyen de s’opposer, notamment au ronron familial. Aujourd’hui, parents et enfants écoutent la même musique, ce qui peut éviter des grosses erreurs de castings à nos chérubins (enfin, ceci est un avis strictement personnel !). Mais à la télévision, le rock brille par son absence : on diffuse des musiques beaucoup plus commerciales. Et il en est surpris : « Je m’étonne qu’il n’y ait pas de magazines consacrés au rock ou à la pop-culture. » Et d’ajouter un tantinet dépité : « Ils préfèrent réactiver Champs Elysées. » Un constat en effet qui fait froid dans le dos ! Mais alors Antoine, pourquoi ne pas relancer une émission ? Sa réponse est sans appel : « Je n’ai plus l’âge de ces conneries. Il faut vraiment des gens jeunes avec un point de vue radical. » Euh… Présente !

Le chauvinisme rock made in Bordeaux

Comme cette rencontre avec Antoine de Caunes a lieu à Bordeaux, Bordeaux la belle endormie, sauf pour le rock (il existe des petites scènes ou salles où les groupes mettent le feu), il ne pouvait pas couper à notre culture rock. Une question me brûlait les lèvres, mais un monsieur m’a devancée (quel soulagement pour la timide que je suis !). Légèrement inquiet, il voulait savoir si le fait que Noir Désir ne soit pas mentionné était un oubli volontaire ou pas. Réponse de l’intéressé : « C’est pas du tout mon truc. Je suis passé complètement à côté. Ce n’est pas que je n’aime pas ça ou quoi : j’ai de l’estime pour eux, pour ce qu’ils ont fait, mais je n’ai pas été dans ce moment là. » Et de souligner : « C’est bien dommage que l’on parle du groupe ailleurs que dans la rubrique musique. » Je ne peux qu’être d’accord. Bon, me(nous) voilà rassurée(s). Mais comme on l’aime très fort notre ville, et que certaines personnes sont expertes en musique (ou assez âgées pour avoir vécu certains day D), un autre doigt se lève dans l’assistance… Son but : pointer du doigt une erreur dans l’œuvre de de Caunes. En effet, un passage est consacré aux Pink Floyd, et à leur première venue en France « (…) ce 23 janvier 1970 au théâtre des Champs Elysées pour le premier (me semble-t-il) concert français de Pink Floyd (…) » –page 412. La précision entre parenthèses est intéressante, car notre courageux spectateur annonce fièrement : « En fait, le premier concert des Floyd en France, c’était en 1969 et c’était à Bordeaux. » Bon joueur Antoine de Caunes sourit franchement, et je pense que tout le public entend des cocoricos bordelais dans sa tête et dans son cœur !

Pas rébarbatif pour un sou, ce dictionnaire se laisse feuilleter au gré de nos envies, de notre propre culture musicale. Le style de de Caunes se lit avec bonheur, avec un petit sourire en coin. Dans un premier temps, ma curiosité a été attirée par un article répondant au doux titre de Vieux con : j’ai beaucoup ri, tout en me disant, m***, moi aussi je « vieuconise » alors que presqu’une trentaine d’années nous sépare Antoine et moi ! Puis j’ai dévoré les articles consacrés aux Rolling Stones, à U2, au Boss, à Bashung, à Téléphone, à Stephan Eicher, à Neil Young… : c’est génial de se plonger dans les souvenirs de l’auteur, souvent épiques, de rire avec lui, de ressentir son vécu ! Un vrai moment de partage que j’essaie de prolonger au maximum. Je ne lis pas, je savoure ! Car ce livre est devenu une sorte de doudou : dès que je vais quelqu’un part, hop, je le prends sous le bras, et je le bouquine. Loin d’être une nouvelle encyclopédie sur le rock, certains artistes brillent par leur absence : il fallait bien faire des choix  et le vagabondage d’Antoine de Caunes l’a mené ailleurs ! Il le confesse lui-même : « Il en manque, et au final, j’aurai pu écrire le double ! » Et d’ajouter en souriant : « Attention, je ne vous menace pas d’un second volume ! » Dommage, je vote pour sans l’ombre d’une hésitation.

Info plus :

  • Antoine de Caunes, Dictionnaire des amoureux du rock, Plon, 2010.

A découvrir aussi :

  • Chorus – coffret 3 DVD : l’émission rock animée par Antoine de Caunes de 1979 à 1981.
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