Aime-moi !

Publié: 18 février 2011 dans On the silverscreen...

Retour en arrière : au début de l’année 1955, l’Amérique des fifties va découvrir son Petit Prince : James Dean crève l’écran en interprétant Cal Trask, un jeune en mal d’amour et en pleine révolte. A l’Est d’Eden / East of Eden est aussi une première pour son réalisateur Elia Kazan : il va s’essayer à la couleur et au cinémascope. Comme pour La Fureur / Rebel, je ne l’ai vu que tardivement au cinéma… Mais quelle claque !

Le pitch :

Adam Trask, un exploitant agricole, vit avec ses deux fils, Aaron et Cal, à Salinas, en Californie, à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Les deux garçons croient leur mère morte, mais le jeune Cal découvre une terrible vérité, qui va accentuer la rivalité entre les deux frères. Aaron est le fils prodigue : parfait et fiancé à la jolie Abra (incarnée par Julie Harris). Cal, lui, est l’enfant rebelle et aventurier, persuadé que son père ne l’aime pas.

Mon avis :

Jamais je ne pourrais assez remercier Elia Kazan d’être aller débaucher James Dean des planches de Broadway où il incarnait Bachir, le serviteur marocain dans L’Immoraliste d’André Gide. Direction la Californie, où Dean doit interpréter Cal Trask, un jeune garçon rêveur, maladroit qui n’entre pas dans les petites cases d’une société entre deux guerres. Cette histoire est en fait l’adaptation cinématographique d’un livre de John Steinbeck, A l’Est d’Eden, où plus exactement de la quatrième partie du roman (publié en 1952).

Le destin de Cal Trask bascule le jour où il apprend, à force de filatures et d’espionnite aigue, que sa mère, qu’il croyait morte, est en fait bien vivante de l’autre côté de la ville. C’est Jo Van Fleet, qui incarne cette figure maternelle bien particulière : elle tient une maison close, et revendique ne pas avoir une once d’instinct maternel, enfin c’est ce qu’elle imagine… Car elle découvre que son fils est comme elle : une personne imparfaite, un être humain qui présente des failles. Cal est rassuré non pas que sa mère soit vivante, mais qu’il existe quelqu’un comme lui. Il se considère comme une mauvaise personne.

Sa détresse crève l’écran : il fuit le regard de son père… Peur d’être jugé. Ses supplications envers son père pour qu’il accepte son argent est un passage quasi insoutenable. On a mal pour lui face à tant d’incompréhension. Il observe son frère en cachette… Inspiration pour devenir quelqu’un de bien.

Son enthousiasme aussi est communicatif : la danse qu’il dédicace à ses graines de haricots pour qu’elles poussent vite et bien est extraordinaire. Son envie de bien faire pour aider ce père qui le rejette est si réelle qu’on se dit : ce n’est pas possible Adam Trask, immortalisé par Raymond Massey, va finir par se radoucir, va feindre une compassion… Mais non… Enfin pas tout de suite du moins !

Une nouvelle fois, le parcours personnel de James Dean et son histoire chaotique avec son propre père lui permettent d’exprimer son manque d’amour et sa colère face à un mur ! Il ne faut pas non plus oublier que Dean a été, pendant quelques temps, pensionnaire du célèbre Actors Studio (aujourd’hui le Lee Strasberg Institute), adepte de la fameuse méthode de Stanislavski (elle consiste à cerner un personnage psychologiquement et émotionnellement, à se référer à son passé, à improviser, à insister sur les sensations de la mémoire et à les retranscrire…). Les relations avec son père de fiction étaient aussi tendues à l’écran que hors caméra.

La complainte de Cal, sa quête d’amour, son besoin d’être aimé, on a envie de l’aider. Mais comment faire ? Une personne a la réponse, et elle a su l’apprivoiser au détriment de son frère (Richard Davalos) : c’est la douce Abra (Julie Harris).

Le film est loin d’être passé inaperçu ! Le public des fifties ne s’y ait pas trompé en l’acclamant. Les récompenses ont été nombreuses : il a reçu le Prix du film dramatique à Cannes en 1955. Jo Van Fleet a été « oscarisée » dans la catégorie des seconds rôles cette année. Attention, les filles, après avoir vu son interprétation, vous ne regardez plus jamais vos mains de la même façon… Et à coup sûr, vous développerez une nouvelle manie ! Ah, la magie du cinéma ! Jimmy n’a pas été en reste non plus… mais à titre posthume, hélas. En 1955, il est nommé aux Oscars pour être le meilleur acteur, mais c’est le Golden Globe du meilleur acteur dans un drame qu’il rafle un an plus tard, en 1956.

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