Rebelle, rebelle…

Publié: 18 février 2011 dans On the silverscreen...

James Dean est entré dans ma vie quand j’étais adolescente. Au détour d’un article, j’ai enfin pu mettre un visage, et quel beau visage, sur ce nom que je connaissais depuis toujours, je crois ! Après avoir vu plusieurs extraits de ce film, ce n’est qu’à la fin des années 90 ou au début des années 2000, que je découvre ce chef d’œuvre sur grand écran ! Une petite salle bordelaise, peu de spectateurs, mais tous des initiés sans aucun doute, et la magie opère dès les premières notes de musique. Le film s’ouvre une scène d’improvisation totale : James Dean est couché sur un trottoir. Il a bu. Et il s’efforce de prendre soin d’un jouet, un petit singe… L’émotion est palpable dans la salle obscure. C’est pourquoi, pour démarrer ce blog consacré au 7ème art, je l’inaugure avec les trois films de James Dean. Je ne respecte pas la chronologie parce que dans mon histoire, le premier film que j’ai vu avec Jimmy Dean, c’est La Fureur de Vivre de Nicholas Ray, sorti en 1955 !

Le pitch :

La famille Stark vient d’emménager dans une petite bourgade de Los Angeles, aseptisée comme l’aime l’Amérique puritaine des fifties. Le jeune Jim Stark est un adolescent à problèmes, et il entend bien profiter de cette nouvelle vie pour rentrer dans le moule. Mais ses premiers pas à la high school vont en décider autrement !

Mon avis :

Au début, la Warner n’avait pas parier un cents sur ce film, qu’elle considérait un comme un film de série B… Jusqu’au moment où Jack Warner se rend compte du succès de A l’Est d’Eden / East Of Eden, mais surtout de l’effet que produit ce beau jeune homme à la fois sur les filles et les garçons. Ni une, ni deux, la production décide de passer à la couleur et le jeune Jim Stark portera ce mythique blouson rouge !

Le film est réalisé par Nicholas Ray, un personnage à part dans le monde du cinéma. Ses relations avec Dean sont excellentes : les deux hommes échangent des idées sur leur passion, sur le script, sur le tournage… Mais surtout il laisse Jimmy totalement libre d’improviser et son génie créatif s’exprime. Au générique de La Fureur / Rebel, Natalie Wood répond présente : elle incarne là son tout premier rôle d’adulte avec son personnage de Judy, en conflit sévère avec son père. Dennis Hopper est aussi de la partie : il donne vie à Goon et il joue là son tout premier vrai rôle au cinéma (il avait fait une apparition dans Johnny Guitare, toujours de Nick Ray). Sal Mineo est le fragile Plato. Corey Allen devient Buzz, le chef de gang. Pour les fans, les « Dean addict », on peut également noter la présence de Jack Simmons, qui deviendra un proche de Dean.

La légende s’est emparée de ce film, le rendant culte à jamais. Même cinquante-cinq ans après sa sortie sur les écrans, les ados du monde entier se reconnaissent en Jim Stark (Stark qui est l’anagramme de Trask, le nom de famille de l’autre adolescent interprété par Dean dans A l’Est / East). Jim est en conflit avec ses parents : une mère autoritaire, un père en forme de lavette, une société qu’il ne comprend pas, une identité qu’il n’arrive pas à trouver, une girlfriend à épater, et des copains à défier ! Le film n’a pas pris une ride : James Dean y est si moderne tant dans ses attitudes que dans sa tenue vestimentaire. Son interprétation est épatante. Ses émotions transpercent l’écran : on ressent tout son désespoir, tout son mal de vivre, toute sa fureur. Un tel réalisme est dû à une impeccable préparation. Par exemple, il se murmure qu’avant de se rendre en haut de la falaise pour voir la carcasse de la voiture de Buzz, Dean a pris une pomme, y a versé du faux sang et l’a regardée un moment. L’acteur a avoué qu’il s’était figuré le visage de Buzz… Et ça marche, sur l’écran, on voit cette douleur et ce dégoût.

Ou encore, cette colère envers ses parents n’est pas que feinte : la relation avec son père ou plutôt la non relation avec son père fait que Jimmy/Jim en veut à tous les pères de la terre. La figure paternelle est aussi remise en cause avec le personnage de Judy : son père ne l’a pas vu grandir, et on a l’impression qu’il lui en veut d’être devenue une femme. Quelle fille n’a pas vécu ça ? Comment ne pas comprendre la détresse de la jolie Judy ?

Autre anecdote du tournage : la célèbre scène aux couteaux a été censurée dans plusieurs pays, jugée trop violente. Pour la petite histoire, c’est Franck Mazzola, un ancien membre d’un gang d’Hollywood, qui a enseigné à Dean l’art de la bagarre au couteau.

Au delà de la performance de Dean, La Fureur / Rebel est un hymne pour toute une jeunesse révoltée qui ne comprend plus le monde dans lequel elle évolue. Avec son personnage de Jim Stark, James Dean a donné un statut à tous ces jeunes en perdition. Sal Mineo racontera des années plus tard que : « Avant James Dean, on était un enfant et on devenait un adulte. Grâce à lui, on pouvait revendiquer être un teenager ». Normal qu’on ait la sensation qu’il nous comprenne. Normal qu’on ait la sensation de le comprendre. Normal qu’on s’identifie à lui. Normal qu’il reste une référence. Pour moi, dans La Fureur / Rebel, Dean incarne tour à tour le grand frère que l’on aimerait avoir, l’amant que l’on voudrait dans notre lit, l’ami à qui l’on a envie de se confier, le mari que l’on rêve d’avoir. Sacré palmarès pour un seul rôle ! David Dalton, à mes yeux, son meilleur biographe, le considère comme la toute première « idole de la culture pop ». Ouah, comment ne pas être fan ?

Mais il faut noter aussi que le film pourrait être un film d’apprentissage (en littérature, il existe un genre particulier : les romans d’apprentissage comme Bel Ami de Maupassant, Le Rouge et le Noir de Stendhal ou encore L’Education Sentimentale de Flaubert). Très vite, Judy et Jim se prennent d’affection pour le jeune Plato, un gosse délaissé par ses riches parents. Au fil de l’histoire, les relations deviennent si fortes, que le couple se substitue aux parents de Plato. Ils forment une famille : une famille qu’ils sont tous les trois choisie. Certainement une allégorie du passage de l’enfance, à l’adolescence et enfin à l’âge adulte.

Bien sûr la sortie posthume du film lui a assuré un succès non négligeable : presque un mois après la tragique disparition de James Dean, qui entre telle une étoile filante dans la légende. A tel point que des jeunes femmes se jetaient des toits des immeubles en hurlant : « Jimmy, je te rejoins ! » Pour moi, c’est un des meilleurs films de Dean… pas assez rediffusé sur le silver screen, ni même dans la petite lucarne.

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