La plume fantomatique

Publié: 26 février 2011 dans On the silverscreen...

Roman Polanski propose avec son Ghost Writer un thriller psychologique des plus efficaces. Dès les premières notes de musique jusqu’au final, le spectateur est embarqué dans une bien sale histoire ! Je tiens ici à faire un aparté : dans cette chronique, il ne sera question que de cinéma, et rien que de cinéma. Je pense cependant que si cet excellent film n’a pas toujours trouvé son public, c’est uniquement parce qu’il a subi les conséquences d’une affaire privée, concernant son réalisateur. Sachez aussi que la post-production de ce film s’est fait à distance depuis le chalet suisse de Polanski. Ce qui m’entame en rien la qualité de ce long-métrage, récompensé par l’Ours d’Argent au dernier festival de Berlin. Un palmarès qui s’est enrichi le 25 février 2011, lors de la 36ème Nuit des César, avec le César du meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleur montage et meilleure musique. Dommage qu’on ne soit toujours pas capable aujourd’hui de faire la différence entre le travail, une œuvre, et la vie privée des gens plus connus que nous !  Sur ce, revenons à l’essentiel : le 7ème Art !

Le pitch :

Un écrivain de l’ombre, un « nègre » comme on dit dans la langue de Molière, est engagé par un éditeur pour terminer les mémoires de l’ancien Premier ministre britannique, Adam Lang. Seul hic, son prédécesseur est décédé dans d’étranges circonstances : meurtre ou suicide ?

Mon avis :

The Ghost Writer est l’adaptation cinématographique de L’Homme de l’ombre (éd. Plon), un thriller contemporain du romancier et journaliste anglais Robert Harris. Il a été aux premières loges du théâtre politique britannique, et il s’en est inspiré. Autre influence de Harris : il ne cache pas son admiration pour Alfred Hitchcock. Tout un programme !

Pour la petite histoire, l’auteur a envoyé son manuscrit à Polanski avant même sa publication. Le réalisateur a aussitôt décidé d’en faire un film. Et quel film ! Tous les ingrédients sont réunis pour maintenir un suspense haletant et une pression constante pendant plus de deux heures (qui filent à la vitesse de la lumière) ! Une petite musique de fond à la fois discrète et prenante contribue à maintenir le spectateur en alerte. Les plans choisis nous interpellent aussi : la résidence secondaire d’Adam Lang ressemble à une espèce de blockhaus glacial. Dehors, la tempête fait rage. Certaines scènes sont très drôles : comme ce pauvre jardinier qui s’évertue à balayer les feuilles mortes, pendant que le vent souffle. Ou encore lorsque l’alarme de la maison se déclenche, l’appréhension du Ghost Writer est à la fois palpable, mais surtout assez amusante ! Les routes de campagne, la traversée en ferry, la balade à vélo, chaque événement apporte une interrogation nouvelle. Saupoudrez le tout d’un fond de guerre en Irak, d’un soupçon d’amitié américano-britannique et d’un poil de CIA, vous avez la base pour multiplier les scénarii dans la tête des « cinéphages » !

Les acteurs ont été magistralement castés ! Dans le rôle titre : Ewan Mc Gregor ! Ne me demandez pas le nom de son personnage : on l’ignore. Symboliquement, cela montre le rôle assez ingrat de l’écrivain de l’ombre. Son patron ne l’appelle que par « man » : au départ, il croit que c’est une marque d’affection, qu’il fait partie de l’équipe de cet éminent politicien. Que nenni ! Il apprendra très vite qu’Adam Lang affuble les gens dont il oublie le prénom de ce gentil sobriquet ! Mc Gregor est parfait. Il tente de connaître son sujet d’étude… qui fait peu d’efforts dans ce sens. Il fouine et finit par découvrir des indices qui le mènent sur une piste… Il ne les interprètera correctement que dans la dernière partie du film ! Essayez de jouer les détectives, je suis sûre que vous aussi, vous ne parviendrez pas à découvrir la supercherie.

Pour lui donner la réplique, c’est Pierce Brosnan qui interprète le Premier ministre britannique, Adam Lang. Il est impeccable : à fois froid et passionné, convaincant et menteur, blessé et blessant. Difficile de ne pas reconnaître Tony Blair, l’ancien pensionnaire du 10 Downing Street, même si le romancier-scénariste s’en défend !

Du côté des rôles féminins, on retrouve la pétillante Kim Cattrall (la sexy Samantha dans Sex’n’the City) en assistante du politicien, dévouée, et sans aucun doute éperdument amoureuse de son boss. Face à elle, sa rivale, l’épouse d’Adam Lang : Olivia Ruth donne vie à cette femme qui a perdu l’attention de son mari. Il lui préfère sa carrière politique. Elle interprète une femme blessée, trahie et fragile… Enfin en apparence. Je dis en apparence car un des points essentiels du film est : connaît-on toujours celles et ceux qui nous entourent ? Pas si sûr…

A noter aussi au générique du film, la présence d’une légende du cinéma hollywoodien : Eli Wallach qui interprète le vieil homme de l’île. Son nom ne vous dit rien ? Allons un effort ! Il a donné la réplique à la sublime Marylin, il a partagé la pellicule avec Monty Clift et avec Clark Gable. Il a joué sous la direction des plus grands comme John Sturges pour Les Sept Mercenaires, ou Sergio Leone. C’est toujours un vrai plaisir de voir ces monstres sacrés du cinéma revenir sur les écrans (on le retrouve aussi dans l’excellent New York, I love you) ! C’est un pur moment de magie, qui contribue aussi à épaissir un poil le mystère de l’intrigue !

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commentaires
  1. Martin K dit :

    Ben écoute, cette chronique est juste excellente ! J’aurais juste évité la première photo, mais chuuuuuuuut !

    Juste un p’tit truc pour pinailler: la collection de récompenses de The Ghost Writer s’est enrichie le 25 février… 2011 !

    Merci de rendre hommage à M. Eli Wallach ! Pour moi, il reste à jamais Tuco !

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