Avé César

Publié: 27 février 2011 dans Mes coups de coeur...

25 février 2011. Théâtre du Châtelet (Paris). Tout le gratin du cinéma français est réuni pour la prestigieuse cérémonie des César. La 36ème du nom.  Parmi tout ce beau monde, deux invités de marque : la plus francophile (et francophone) des Américaines, Jodie Foster, une classe folle ! Cette année, c’est elle la présidente. A ses côtés, le déjanté Quentin Tarantino qui vient recevoir un prix d’honneur, et ça, c’est un secret de polichinelle ! Et pour orchestrer le bal des joies, des surprises et des déceptions, c’est un habitué du petit et du grand écran, un enfant de la télé et du rock, qui a en lui le fameux « esprit canal » (en référence à Canal +, la chaîne qui retransmet la soirée), monsieur Antoine de Caunes. C’est parti pour trois heures de direct !

Premier constat important, pour cette 36ème édition, aucun film n’a tout raflé. Le palmarès est plutôt diversifié, et c’est tant mieux ! Antoine de Caunes laisse volontairement échappé : « C’est parce que Jacques Audiard n’avait rien sorti dans le courant de l’année. » Car vous n’avez certainement pas oublié les razzias (certes méritées, mais là n’est pas la question) made in Audiard : huit César pour De battre mon cœur s’est arrêté, et neuf récompenses pour Un prophète (dont le fameux meilleur espoir masculin et meilleur acteur pour Tahar Rahim). L’Académie des Arts et Techniques du Cinéma (qui réunit plus de 3000 votants) en a décidé autrement.

Quatre films sortent du lot. The Ghost Writer de Roman Polanski remporte quatre prix : celui du meilleur réalisateur, meilleure adaptation (Polanski a promis de le remettre dès le lendemain à Robert Harris), meilleure musique et meilleur montage. Difficile de ne pas songer aux déboires judiciaires du cinéaste, tant la grande famille du 7ème art en a un poil trop fait. Cela dit, The Ghost Writer est un excellent film qui ne démérite pas. Ces récompenses sont largement justifiées : le talent de Polanski n’est plus à démontrer. Quant à la musique, elle est en effet, une des pièces maîtresses du film : toujours présente, lancinante, obsédante, faisant monter la pression, le stress, la tension. Un personnage à part entière ! Je note cependant que Roman Polanski a été très sobre au final, remerciant son épouse et quelques proches pour leur soutien. Tout juste a-t-il précisé qu’il a fini son film « en prison ».

Des hommes et des dieux, le grand favori, obtient le très prestigieux et convoité César du meilleur film. Visiblement ému, le discours de remerciements de Xavier Beauvois, l’heureux réalisateur, nous emmène dans son enfance : « Quand je serais grand, comme métier, je veux faire François Truffaut ! » Il en profite aussi pour lancer un message politique, ou plutôt de tolérance. Mais revenons au film : je précise ici que je suis allée le voir un peu par dépit, un peu forcée par quelques amis cinéphiles. Et bien m’en a pris : j’ai dépassé mes préjugés, je craignais un film trop religieux, et quel beau travail Xavier Beauvois nous offre. J’ai été complètement conquise. J’ai tout aimé : le silence, la contemplation, le mélange des cultures, la foi des moines, leurs rires, leurs inquiétudes, les paysages, et bien sûr l’incroyable jeu des acteurs. D’ailleurs l’Académie a honoré Frère Luc, mon coup de cœur du film. Ce religieux médecin, conseiller et philosophe crève l’écran. Quel charisme ! Et sa voix à la fois douce, calme et feutrée ! A 80 ans, Michael Lonsdale ne peut retenir un très touchant : « Ah ! Te voilà petit coquin ! » Un autre César se rajoute à la liste, celui de la meilleure photographie, avec Caroline Champetier.

Sur la troisième marche du podium, Gainsbourg (Une vie héroïque) est distingué trois fois : meilleur premier film, meilleur acteur et meilleur son. Je ne peux que saluer la performance d’Eric Elmosnino : il est impressionnant en Gainsbarre, l’homme à la tête de chou. En revanche, je suis beaucoup plus réservée sur l’ensemble du film : je m’y suis ennuyée ferme, j’ai trouvé que Laëtitia Casta parodiait très mal la légendaire BB. J’ai été déçue que Simon Weber a disparu de Fabrice Gobert ou encore L’Arnacoeur de Pascal Chaumeil ne soient pas récompensés (même si ce dernier film me semble difficilement « césarisable », aussi excellent soit-il).

Arrive juste derrière, Le Nom des gens, un autre résultat contestable pour moi, tant je n’ai rien aimé dans ce film. Selon les spécialistes, il est LA surprise de cette soirée, attendue comme telle, il faut bien le préciser. Michel Leclerc et Baya Kasmi obtiennent le César du meilleur scénario original. Et la toute jeune Sara Forestier rafle le César de la meilleure actrice, face, notamment à, Kristin Scott Thomas pour Elle s’appelait Sarah ou encore Charlotte Gainsbourg dans L’Arbre, deux interprétations des plus bouleversantes (et à mon avis, éprouvantes pour les actrices). Cela dit, la demoiselle a fait souffler un vent de fraîcheur, précisant qu’elle « n’avait rien préparé » si ce n’est sa « culotte porte-bonheur, et le pire c’est que c’est vrai ! » Et d’ajouter : « Avant de jouer le rôle d’une pute politique, je ne connaissais rien à la politique et j’étais vierge ! » Eclat de rire de l’assistance.

Autres trophées très attendus, ceux du meilleur espoir masculin et féminin. Le premier m’a ravie. Edgar Ramirez l’emporte haut la main. Il a interprété Carlos dans le film éponyme. Personnellement, il m’a scotchée : les transformations physiques qu’il subit, les accents qu’il emprunte, son jeu… Impressionné et troublé, il se perd dans les remerciements qu’il avait notés dans son smartphone ! Et l’émotion est contagieuse, je sentais son cœur battre ! Un autre beau moment, c’est l’arrivée de Leïla Bekthi pour Tout ce qui brille : il en fallait une, et cette année, c’est elle qui était à deux doigts de flirter de très près avec le tapis rouge ! Visiblement gênée par une robe trop décolletée, elle ne peut contenir sa joie, ses larmes. Un petit bémol tout de même, j’ai trouvé le film très commun et rempli de clichés faciles…

A noter aussi que le merveilleux Océans de Jacques Perrin remporte le César du meilleur documentaire (j’aurais attribué un prix ex-æquo avec le formidable Benda Bilili) : quatre années de tournage ont été nécessaires pour le réaliser ! David Fincher est récompensé quarante-huit heures avant les Oscars, avec le César du meilleur film étranger pour son The Social Network : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’univers de Facebook, des origines à aujourd’hui, sans oser le demander ! Le sympathique Adèle Blanc-sec voit les décors d’Hugues Tissandier récompensés. Pardon à trois autres lauréats, Anne Alvaro, meilleur second rôle féminin dans Le bruit des glaçons, Caroline de Vivaise, meilleur costume pour La Princesse de Montpensier, et à la joyeuse bande de Logorama, meilleur court-métrage, mais je n’ai pas vu leurs œuvres, et je ne peux donc émettre aucun avis.

Une nouveauté pour ce nouvel opus : le César du meilleur film d’animation. Il revient à L’illusionniste de Sylvain Chomet, un dessin animé à l’ancienne empli de poésie et de douceur.

Comme chaque année, un César d’honneur est attribué à une personnalité pour sa contribution au cinéma. Cette année, et vous l’aurez compris quelques lignes plus haut, c’est Quentin Tarantino qui a reçu cet honneur. Moi, j’applaudis des deux mains : ces films sont de petites merveilles. J’aime son côté provocateur, dérangeant. Et là où l’on voit que QT est un grand enfant, c’est au moment de son allocution, toute simple, modeste, presque gênée… Bon le côté foufou revient très vite, à la fin, il hurle un « vive le cinéma ! », le poing levé, complètement habité. Antoine de Caunes a fait une hilarante présentation de Tarantino. Il insiste sur le mot fuck, le tout dans un anglais au bon vieil accent franchouillard. C’est vrai que si l’on regarde d’un peu plus près, le cinéma américain use et abuse des noms d’oiseaux. La plaisanterie se poursuit jusqu’à l’arrivée d’un phoque, un vrai, sur scène ! Rire général. Tarantino est aussi chouchouté par les danseuses burlesques de Tournée qui se jettent sur lui ! Oui, on peut le dire, c’était une bonne soirée pour notre guest star.

Personnellement, j’ai deux regrets : le génial Les petits mouchoirs du talentueux Guillaume Canet et le percutant L’homme qui voulait vivre sa vie d’Eric Lartigau sont rentrés bredouilles. Autres grands perdants de la soirée, les monstres sacrés de notre cinéma : Gérard Depardieu pour Mammuth et Catherine Deneuve pour Potiche ont été boudés par notre panel. Sans oublier Mathieu Amalric, également au rang des vaincus de la nuit.

Un mot sur la présentation de la soirée. Antoine de Caunes a été fidèle à sa verve, à son esprit caustique et à ses blaguounettes piquantes. On aime ou on n’aime pas. Moi, j’adhère à sa fantaisie, mais tout n’est pas parfait. C’est sûr, c’est moins ronflant que les autres années (notamment avec le duo Valérie Lemercier et Gad Elmaleh), plus rock. De Caunes a lancé quelques boutades contre Sarkozy, « si le président était mélomane, sa femme le saurait », il s’est fendu d’une private joke avec Elsa Zylberstein (la nouvelle madame de Caunes aura sans doute ri un peu jaune !), il a apostrophé Carlos, le vrai, qui appréciera la récompense « du fond de sa cellule », a tapé sur les doigts de Jean-Luc Delarue (un ancien de C+)… Il a aussi merveilleusement introduit les disparus de la grande famille du cinéma, avec un portait de Bernard Giraudeau des plus touchants. Je note cependant quelques petits couacs : le sketch sur le western français (beaucoup trop long), les interventions d’Elie Semoun (à trop en faire, il en devient fatiguant) et de Pascal Elbé (pas drôle du tout et le tacle envers Les Petits Mouchoirs, « mais Pascal, tu es une… belle personne », pas franchement utile). Allez « Mes petits chatons » (copyright Valérie Lemercier), il est temps que le rideau tombe. Ca a été une belle soirée cinéma !

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