An American Idol

Publié: 28 février 2011 dans Mes coups de coeur...

Huit février mille neuf cent trente-et-un. Il y a tout juste quatre-vingts ans, une icône, un mythe du cinéma US voyait le jour à Marion (Indiana), une petite bourgade de l’Amérique profonde. Son nom ? Peut-être l’aurez-vous deviné ? James Byron Dean. Et cinquante-cinq ans après sa tragique disparition, sa légende fait toujours fureur. Son pari sur l’éternité, Jimmy l’a remporté haut la main. « La seule grandeur pour un homme, c’est l’immortalité », disait-il.

James Dean, c’est d’abord une belle gueule, une sacrée belle gueule même, des traits incroyablement modernes pour les fifties. Amusez-vous à regarder les clichés de Dennis Stock, de Sanford (dit Sandy) Roth, de Phil Stern ou de Roy Schatt, vous verrez sa bouille intemporelle. Il aurait pu être un jeune d’aujourd’hui, alors qu’il vivait hier. C’est peut-être pour ça qu’il continue de nous toucher : ses attitudes so rebel, son regard par en-dessous, sa moue boudeuse ont fait craquer tous les garçons et les filles à travers les âges.

Mais Jimmy Dean, c’est aussi et surtout trois grands rôles au cinéma dans lesquels il crève l’écran. La révélation avec Cal Trask dans East of Eden / A l’Est d’Eden d’Elia Kazan. L’explosion avec Jim Stark dans Rebel without a cause / La fureur de vivre de Nicholas Ray. La consécration avec Jett Rink dans Giant / Géant de George Stevens. Le dénominateur commun à ses trois rôles ? Le personnage du rebelle, celui qui cherche à se faire aimer, celui qui cherche à se faire respecter et celui qui cherche à sortir du lot. Bien sûr, chaque interprétation a sa propre dose de rébellion, et aucune des trois n’est un copié/collé de l’autre. Pour chacune, Jimmy a vécu le rôle, il est devenu LE personnage. Adepte de La Méthode, il a mis un peu de lui dans ces trois garçons, notamment son incommensurable besoin d’être aimé (sa mère est morte quand il avait neuf ans et dans la foulée, son père le confie à sa sœur). Ou encore ses rivalités avec la figure paternelle (le presque abandon de Winton Dean – ils se verront peu jusqu’aux 18 ans de James ce qui marquera à jamais leur relation père/fils) : Elia Kazan dira : « Il est Cal. Il en veut à tous les pères. » Cette dualité, Dennis Hopper, qui l’a fréquenté sur les plateaux de Rebel et de Giant, la résume ainsi : pour lui, James Dean avait « une part de Monty Clift qui disait aime-moi, et un peu de Brando qui disait va te faire foutre ».

Au-delà du 7ème Art, Jimmy est une petite révolution. Sa tornade blonde a considérablement fait évoluer les mœurs. Grâce à lui, on ne passait plus de l’enfance à l’âge adulte. Il a donné ses lettres de noblesse à l’adolescence, si j’ose dire ! Il est le tout premier teenager : il a rendu possible cette période un peu névrosée, où l’on ne sait pas où l’on va, ni quoi faire. Cette tranche de vie où l’on s’affirme, où l’on se révolte, où l’on brûle la chandelle par les deux bouts. Et Sal Mineo, qui interprète le jeune Plato dans Rebel, l’a bien compris : « Avant James Dean, on était un enfant, et on devenait un adulte. Grâce à lui, on pouvait revendiquer le fait d’être un teenager. » Les adolescents du monde entier ont enfin leur roi, symbole d’une jeunesse éternelle : un type absolument génial, charismatique au possible, un poil caractériel, à la beauté insolente, vivant à 200 à l’heure (ne disait-il pas lui même qu’« il faut vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre » ?), multipliant les aventures artistiques (il sculpte et dessine), les expériences sportives (il s’est brillamment illustré dans des courses autos), aimant les filles et les garçons… David Dalton, un de ses biographes (peut-être le meilleur ?), le considère comme la toute première icône pop. Voici comment Martin Sheen voit les choses : « On dit que Marlon Brando a changé la façon de jouer des acteurs, James Dean, lui, a changé la façon de vivre. » Jimmy est devenu un symbole pour toute une génération. Et il continue de l’être. Poussons le bouchon à l’extrême. Elvis Presley clamait haut et fort son attachement à James Dean : le King aurait-il été le King sans Dean (même s’il ne fait aucun doute que le garçon avait un joli brin de voix, un jeu de jambes et un déhanché absolument incroyables !) ? Pas si sûr ! Saurions-nous révolter ? Etre revendicatif ? Avouez qu’il est plus aisé d’agir quand on a un modèle ! Et à titre strictement personnel, je tiens à remercier Jimmy qui a donné un supplément d’âme à toutes ces personnes qui ont du caractère. Car il y a des bruits du côté d’Hollywood qui racontent que Dean n’était pas facile, qu’il était capricieux, parfois méchant… Enfin, si vous vous plongez dans la multitude de livres qui lui sont consacrés, vous trouverez tout et son contraire. Et bien sûr, en tant que Dean addict, je ne retiens que le meilleur, et quant aux attitudes borderline, j’ai envie de dire que Jimmy était simplement humain.

On ne peut que regretter de ne pas avoir eu la chance de voir James Dean exploser dans d’autres films, briller dans d’autres rôles (il aurait dû jouer dans Somebody up there likes me / Marqués par la haine, et c’est Paul Newman qui le remplacera), et étinceler derrière la caméra (il avait pour projet de réaliser un film sur Billy the Kid) ou l’objectif (il photographiait beaucoup). Humphrey Bogart disait : « Il est mort juste au bon moment. S’il avait survécu, il n’aurait jamais pu être à la hauteur de sa réputation. » Mais je préfère me ranger à l’avis de Paul Newman : « Je pense qu’il nous aurait tous les deux surpassés, Marlon et moi. Je crois qu’il serait entré dans les classiques. » En tout cas, et vous l’aurez compris, Jimmy Dean est dans mon panthéon, sur la plus haute marche, où il règne en maître absolu, indétrônable depuis dix-huit ans…

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commentaires
  1. Martin K dit :

    Jolie chronique, Sissi. Il y a juste un (petit) souci avec le chapô, où tu écris « plus de huit décennies après sa disparition », alors que ça ne fait que 55-56 ans. Tu t’emmêles les pinceaux avec la naissance, on dirait.

    J’aime beaucoup ton idée d’illustrer la vie de Dean avec les propos d’autres grands acteurs. Une fois encore, Paul Newman m’épate pour sa modestie. L’ironie du sort veut que ce soit lui qui ai joué dans un (superbe) film sur Billy le Kid.

    C’est clair que trois films dans une carrière, c’est peu. Mais voilà qui forge les mythes ! Effectivement, Jimmy me paraît en être un, à jamais.

    • Silvia Salomé dit :

      Ah Sissi et Jimmy, toute une histoire !!! Erreur rectifiée, effectivement, je me suis emmêlée les pinceaux, mais bon, les maths et moi… là, il n’y a pas d’histoire du tout !!!

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