Retour au Pays des Merveilles

Publié: 2 mars 2011 dans On the silverscreen...

Fraîchement récompensée aux Oscars 2011 (costumes et direction artistique), l’adaptation d’Alice au Pays des Merveilles du génialissime Tim Burton était attendue au tournant. Sur la toile, avant le jour J, le buzz a été énorme : bande originale dévoilée, extraits divulgués ici et là, photos du tournage, choix d’un film en 3D ou pas… bref, autant d’éléments qui m’avaient mis la puce à l’oreille. J’ai cependant tardé à voir l’œuvre de Burton : trop d’avis opposés, trop d’agitation au moment de sa sortie m’ont poussée à attendre. Je voulais oublier les racontars, et me faire ma propre opinion. Je ne l’ai vu qu’après cinq semaines d’exploitation, une fois toute la folie retombée, et en 2D (en fait, je n’ai pas eu le choix, c’était la seule version disponible !).

Le pitch :

La petite Alice a bien grandi. Elle a aujourd’hui 19 ans, et c’est une jolie jeune femme qui s’apprête à se fiancer… jusqu’à ce que le Lapin Blanc refasse son apparition, toujours aussi pressée ! Alice est intriguée, et elle décide de le suivre au fond de son terrier. Elle repart au Pays des Merveilles, tenu par une main de fer par l’épouvantable Reine Rouge.

Mon avis :

Tim Burton nous propose un conte déjanté, coloré, décalé, baroque et surtout poétique. « Je voulais raconter cette histoire d’une nouvelle façon car aucune des adaptations cinéma ne m’a jamais vraiment plu. Je voulais transposer à l’écran l’imagerie que cette histoire avait créée en moi. », voilà comment Tim Burton résume son film. Et quand il parle d’« imagerie », croyez-moi, vous n’allez pas être déçu/e. Tous les personnages de notre enfance (vus dans la série animée ou dans le célèbre Disney) répondent présents pour notre plus grand plaisir : le Lapin Blanc, l’oiseau Dodo, la Chenille/ Absolem, le Chat/Chess, Blanc Bonnet et Bonnet Blanc/ Tweedledee et Tweedledum… On les revoit tous, et moi, j’embarque avec Alice sans me poser de question. Je rapetisse avec elle, je deviens aussi géante, je redeviens toute petite et je finis par ouvrir la microscopique porte pour le Pays des Merveilles/ Wonderland.

Une précision tout de même à propos de cette adaptation : Tim Burton s’est inspiré des deux contes de Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles et De l’autre côté du miroir. C’est la raison pour laquelle tout nous semble si familier. Quelle petite fille n’a pas voulu être Alice ? Qui n’a jamais caressé la folle idée de suivre un Lapin Blanc terrorisé à l’idée d’être en retard ?

Alors bien sûr, on ne retrouve pas l’univers 100% burtonien : il manque une bonne dose de cynisme dans cette adaptation. Du piquant aussi. Même si la fin nous propose une Alice affranchie de la pression sociale qui part à la conquête de son nouveau monde, tout cela est très politiquement correct. Peut-on le reprocher au réalisateur ou au contraire lui pardonner cet excès de lyrisme ? Moi, je lui pardonne, car j’ai adoré son Alice. J’aime les collaborations entre Tim Burton et son acteur fétiche, notre chouchou à toutes, Johnny Depp (il s’agit là de leur 8ème film ensemble), mais aussi entre le réalisateur et Mme Burton à la ville, la géniale Helena Bonham Carter, alias la Reine Rouge, qui se retrouve avec une tête difforme et qui passe sont temps à hurler après sa cour !

Johnny Depp donne vie au Chapelier Fou. Roi de la transformation, il est méconnaissable. Pour la petite histoire, penchez-vous sur la bande d’annonce : regardez ses yeux. Vous allez voir un œil dilaté et l’autre pas : en médecine, cette spécificité est un signe de troubles du cerveau. Bravo à monsieur Burton d’être allé dans le détail. Et Depp va plus loin encore dans l’explication. Pour préparer son rôle, il a découvert que les chapeliers manipulaient une colle à forte concentration de mercure pour fabriquer leurs hauts-de-forme. Souvent leurs mains étaient tâchées et ils finissaient par sombrer dans la folie. Le beau Johnny joue à sa partition à la perfection. Il est vraiment l’un des acteurs les plus doués de sa génération, n’hésitant jamais à se mettre en danger ou à masquer sa jolie gueule d’ange.

J’ai bien sûr adoré tout le bestiaire qu’on nous propose dans ce film. Mais j’avoue deux coups de cœur : le premier pour cet oiseau légendaire qu’est le Dodo. Et le second, c’est pour le Chat/Chess : ses apparitions sont magiques. Il a été très bien pensé : il est mystérieux, sa voix est énigmatique, il surprend sans cesse et Alice et le spectateur.

D’autres personnages, fictifs ou réels, sont remarquables comme la Chenille/ Absolem, toujours le mot qu’il faut ! La cour de la Reine Rouge est un peu une cour des miracles où pour plaire à Sa Majesté, ses fidèles serviteurs n’hésitent pas à s’inventer et à s’infliger des défauts, comme un nez crochu, un ventre un peu trop rond… Seul bémol, le rôle un peu trop effacé de Reine Blanche, la gentille : Anne Hathaway ne convint pas vraiment.

Tim a peut être mis un peu de Burton au placard (à moins que cela ne soit l’inverse), mais il a quand même osé un sacré pari : pour interpréter Alice, il est allé chercher une parfaite inconnue du grand public, Mia Wasikawska. C’était quitte ou double : aller-t-elle remporter le défi ? Le public allait-il valider cet audacieux choix ? La jeune Mia incarne une Alice très crédible : à la fois sage et mutine, perdue et très sûre d’elle. Son visage est très expressif, ses yeux parlent pour elle parfois : on y lit sa peur, sa frustration, ses interrogations, sa joie et sa détermination.

Un mot sur les coulisses de ce film-spectacle : vous l’aurez compris, il s’agit là d’un savant mélange de prises de vues réelles et d’animation. Le tournage a proprement parlé n’aura duré que 40 jours, de septembre à octobre 2008, puis c’est l’équipe des effets spéciaux qui a pris la suite. Mais à côté des dernières technologies qui ont permis à Tim Burton de réaliser son premier film en 3D, il y a les bonnes vieilles astuces, mythiques au cinéma. Par exemple, Crispin Glover, qui joue le valet géant, a tourné sur des échasses ou encore Matt Lucas, qui interprète les jumeaux, a porté un costume en forme de poire pour l’empêcher d’avoir les bras le long du corps ! Dur le métier de comédien !

C’est sûr que la Alice de Tim Burton ne fera jamais l’unanimité : les puristes vont hurler au sacrilège (qui a corrompu la « Burton touch » ?), les curieux trouveront certainement l’œuvre sympathique, d’autres encore adhèreront à cet univers… Dans tous les cas, Tim Burton aura remporté deux défis : susciter le débat en déchaînant les passions et, me donner envie de lire l’œuvre originale de Carroll.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s