Ne réfléchissez pas : plongez !

Publié: 6 mars 2011 dans On the silverscreen...

Encore un film dont je me souviens parfaitement de ma première rencontre avec lui ! Cannes 1988 : Le Grand Bleu fait l’ouverture du prestigieux festival. Bilan : les critiques descendent l’œuvre de Luc Besson ! Moi, du haut de mes 9 ans, je ne comprends pas que l’on puisse critiquer un film parlant de dauphins ! Et la critique a la dent dure, car à cause d’eux, j’ai été interdite de Grand Bleu, enfin, jusqu’à sa diffusion à la télévision. Ce qui devait arriver, arriva, comme des millions des spectateurs, j’ai succombé au Grand Bleu. Depuis, j’ai vu et revu ce film, qui, pour moi est cultissime. Je le connais par cœur, et les émotions sont toujours là, même après plus de deux décennies !

Le pitch :

Le Grand Bleu est librement inspiré de la vie de Jacques Mayol et d’Enzo Maiorca, deux célèbres apnéistes. Après avoir partagé leur enfance dans les années soixante en Grèce, et surtout une dévotion totale pour la mer, les deux garçons se perdent de vue. Pour mieux se retrouver dans les eighties, en Sicile, à Taormina plus précisément, pour un championnat du monde d’apnée.

Mon avis :

Certains parlent d’un film générationnel ! Il est clair que les personnes ayant vécu ce Cannes 1988, en direct ou à la télévision, ont été marquées ad vitam eternam par l’accueil plus que glacial réservé au Grand Bleu. Dans ma mémoire, je vois encore les expressions du visage de Luc Besson : incompréhension, frustration et surtout beaucoup de peine et de colère ! De ce triste épisode, le célèbre et talentueux réalisateur gardera une extrême méfiance vis-à-vis des journalistes. Mais comment en serait-il autrement ?  Aujourd’hui, il communique peu et choisit toujours avec précautions ses interventions sur les plateaux télé ou ses interviews dans la presse papier. Je fais partie de ces gens, durablement touchés par Le Grand Bleu.

Bien sûr, enfant, je n’en avais pas saisi toutes les subtilités du film. Pour comprendre toute la poésie du Grand Bleu, il faut être un peu plus vieux ! Mais à chaque fois que je le visionne, j’ai l’agréable sensation de le redécouvrir. Certes, les dialogues, je les récite presque tous, et pourtant, je ne peux m’empêcher de vibrer avec les personnages, de les conseiller dans leurs actes et de refaire le scénario (car pour une fois, je voudrais juste voir Johanna vraiment heureuse !) !

Et je ne suis pas la seule, j’imagine ! Loin de suivre la sacro-sainte critique, les spectateurs se sont rués dans les salles obscures pour voir ce film : 9,2 millions de spectateurs, rien que pour l’Hexagone ! Luc Besson a même dû ressortir le film avec une version rallongée de plusieurs dizaines de minutes. Sur l’affiche, il a ajouté aussi un cinglant et efficace : « N’y allez pas, ça dure 3h ! ». Pourtant, le public y est allé et a récidivé ! L’année qui a suivi sa sortie, Le Grand Bleu est nominé huit fois aux Césars. Et aujourd’hui, je ne compte pas les millions de DVD vendus. Rien que moi, j’en ai plusieurs exemplaires !

A ce succès, s’ajoute un carton au niveau de la bande originale : un chef d’œuvre signé Eric Serra, vendu à plus de trois millions d’exemplaires dans le monde ! Bien sûr, j’ai le mien, en version double CD, sinon, ce n’est pas drôle ! La musique de Serra est un pur moment de magie, qui contribue sans aucun doute à la force du film ! Et c’est lui qui récolte le plus de récompenses dites officielles : César de la meilleure musique écrite pour un film, ainsi que le César du meilleur son pour Pierre Befve. Serra remporte aussi une Victoire de la Musique et le Grand Prix de la Réalisation Audiovisuelle la SACEM ! Là aussi, les aficionados du Grand Bleu connaissent les notes par cœur. Ecoutez votre album, sans regarder les titres, je suis sûre que vous saurez à quelle partie du film correspond le titre (et même si vous activez la touche ordre aléatoire / shuffle pour corser la difficulté de ce petit jeu !). Eric Serra signe là sa quatrième collaboration avec le cinéaste, et leurs belles aventures se sont poursuivies par la suite.

La force du Grand Bleu, c’est aussi un pari : faire un film qui parle de la mer, et de l’amour que l’on peut ressentir pour elle. Grâce à ses personnages, deux rois de l’apnée très connus, Luc Besson nous plonge dans cet univers passionnant. Pour l’aider dans sa mission, précisons que Jacques Mayol, le vrai, a été conseillé technique sur le tournage (une anecdote à son sujet qui a son importance : il a réussi à communiquer avec les dauphins). Ce qui n’a pas été le cas de son collègue, Enzo Maiorca. Bien au contraire, il est un farouche opposant au film : il ne l’a pas apprécié et a même entamé une procédure en diffamation. D’ailleurs dans la version ciné de sa vie, il deviendra Enzo Molinari ! Pour la petite histoire, sachez que les Italiens ont été les grands perdants de cette bataille judiciaire : pendant quatorze longues années, la sortie du film est bloquée ! Ce n’est qu’en 2002 que nos amis transalpins découvrent Le Grand Bleu sur grand écran. Et encore, la version qu’on leur propose a été tronquée, notamment la scène où Enzo Molinari, alias Jean Reno, se fait payer pour sauver la vie d’un homme qui est en train de se noyer !

A noter qu’il existe aussi une version différente pour les Etats-Unis. Pour son premier film en langue anglaise, Luc Besson leur propose une version plus courte, de 118 minutes (contre 132 minutes et 168 minutes pour la VF). Leur bande originale est aussi modifiée, elle est composée par Bill Conti.

Mais hormis ces points divergents, la substance même du film est identique. Les acteurs d’abord ! Bien sûr, ils contribuent aussi très largement au succès du film. Après avoir essuyé plusieurs refus pour jouer Jacques Mayol, notamment celui de Christophe Lambert (ouf !) qui préfère jouer dans Le Sicilien de Michael Cimino, de Mickey Rourke qui avoue avoir peur de plonger en apnée ou encore Mel Gibson (dommage !), Luc Besson décide de lancer un casting : c’est là qu’il rencontre un parfait inconnu, Jean-Marc Barr, pour notre plus grand bonheur. Il est impeccable dans ce rôle : à la fois timide et fragile, déterminé et fort, doux et passionné, il explose carrément sur le grand écran. Une nuance tout de même, le record de  descente en apnée de Mayol, le vrai, était de 105 mètres, une limite considérée comme absolue. Dans le film, Besson fait descendre son avatar si j’ose dire, à 120 mètres. Aujourd’hui, ces records, réel et fictif, ont été pulvérisés dans une discipline que les puristes appellent l’apnée no limit avec l’Autrichien Herbert Nitsch, qui est descendu à 214 mètres, en juin 2007 !

Jean-Marc Barr partage l’affiche avec le très charismatique Jean Reno, qui connaît bien Luc Besson. Il a déjà tourné avec lui, L’avant-dernier (un court-métrage), Le dernier Combat et Subway (par la suite, ils multiplient leurs excellentes collaborations). Jean Reno donne une incroyable prestance à son personnage, Enzo Molinari. Par son physique bien sûr : Jean Reno est un grand gaillard, qui impose le respect au premier regard. Mais aussi et surtout par sa voix : gâté par la nature, l’acteur a un timbre grave, a une voix qui porte, mais qu’il sait aussi moduler à la demande, pour la rendre douce ou au contraire sévère. Autre atout pour Jean Reno, son regard ! Tout passe par ses yeux : sa détermination, ses peines, son désespoir, même lorsqu’il joue la comédie du bonheur, ce sont ses mirettes qui le trahissent !

Le casting est complété par une jolie équipe : Rosanna Arquette, inoubliable dans son rôle de Johanna Baker, l’amoureuse éperdue de Mayol. Elle est tellement craquante avec son petit accent américain ! J’ai aussi beaucoup aimé Marc Duret qui interprète le fidèle acolyte de Molinari, Roberto. Leur duo fonctionne à merveille : tordant pour nous faire rire, ils vont vivre quelques aventures épiques et cocasses… Je me souviens d’une certaine Fiat 500, conduite par Enzo, dont la tête sort par le toit ouvrant du véhicule ! Ou encore des gaffes du pauvre Roberto ! Ils sont également très forts dans le registre de l’émotion : une véritable amitié les lie. Et Roberto voue une grande admiration à son cousin : il souffre donc pour lui ! Sans oublier bien sûr, l’Oncle Louis immortalisé par Jean Bouise. D’autres personnages se joignent à eux, pour le découvrir ou les redécouvrir, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Sachez que pour tous les acteurs et les techniciens, le tournage n’a pas été de tout repos. De la Grèce au Pérou, en passant par l’Italie, ils ont dû subir des conditions climatiques extrêmes. Sans oublier, qu’aucun des acteurs n’a été doublé pour les scènes de plongée (on comprend mieux les appréhensions de Mickey Rourke !) : ils effectuaient une quinzaine de descente par jour ! Au total, deux cent dix personnes ont été mobilisées pendant les neuf de tournage. Il aura fallu huit mois supplémentaires pour monter le film !

Autres stars du film : les dauphins évidemment. Et sans aucun doute, quand j’étais enfant, ce sont eux qui m’ont fait aimée ce film, avant même que je le vois ! « Un film avec des dauphins, c’est forcément bien ! », ai-je dû penser une bonne dizaine de fois ! Il est clair que les scènes avec ses majestueux animaux sont magiques. Ils sont tellement beaux, épris de liberté, gentils. Hélas le film n’a pas eu la même prise de conscience sur le public que Sauvez Willy et ses orques, mais on a quand même une furieuse envie de libérer tous les dauphins oppressés des parcs aquatiques ! Pour la petite histoire, le dauphin qui hypnotise Jacques Mayol est en réalité une delphine qui, ironie du sort, passe sa retraite au Marineland d’Antibes. C’est Joséphine et elle est reconnaissable grâce à ses yeux bridés, une caractéristique assez rare semble-t-il. Cette femelle a été capturée au large de Rockport (Palacios Point, proche du Texas). Elle a eu deux delfineaux, un petit Eclair en 1990, et une petite Manon en 1993.

Je terminerai cette chronique par une réplique de Rosanna Arquette, qui m’émeut toujours autant : « Go and see my love ! »

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