Une déferlante explosive

Publié: 25 juillet 2011 dans On the silverscreen...

1991. Une belle vague envahit nos salles de cinéma : Point Break / Extrême Limite (pour la version québécoise, la France préfèrera très vite le titre original). Aux commandes de ce film Kathryn Bigelow qui voue une véritable passion à l’océan et à son univers, avec son compagnon de l’époque, James Cameron (producteur non crédité du film). Devant la caméra, on retrouve un Patrick Swayze sexy en diable, et un jeune premier qui n’est autre que Keanu Reeves. Moi, je n’ai découvert ce film que quelques temps après sa sortie en salle : je l’ai vu pour la première fois à la télévision, et même si l’écran n’est pas géant, le film, lui, reste spectaculaire.

Le pitch :

Johnny Utah, un jeune inspecteur du FBI, débarque à Los Angeles. Sa première mission : démasquer et arrêter le gang des « anciens présidents ». Quatre braqueurs affublés des masques de Reagan, Carter, Nixon et Johnson (d’anciens dirigeants américain) dépouillent les banques de la Cité des Anges pendant la période estivale : en trois ans, vingt-six établissements ont été dévalisés. Pour Angelo Pappas (interprété par Gary Bussey), le baroudeur qui sert d’équipier à la nouvelle recrue, il s’agit de surfeurs, qui se remplissent les poches afin de voyager pour suivre leurs vagues. Et voilà notre Johnny qui doit s’infiltrer dans le milieu du surf californien.

Mon avis :

Commençons par éclaircir un point pour les profanes en matière de surf : le pointbreak représente des vagues qui déferlent autour d’une pointe rocheuse ou de sable. Leurs particularités : leurs formes se prêtent parfaitement à la pratique du surf. Maintenant que nous avons décodé le titre, plongeons-nous dans ce film, un des premiers autour du surf qui soit grand public.

La réalisation de miss Bigelow est époustouflante : les scènes d’action suivent les moments de tension. Ce film est un pur shoot d’adrénaline ! Seuls répits : les moments de contemplation face à l’océan ou encore les ralentis de la caméra qui nous font apprécier des paysages désertiques ou encore l’immensité du ciel ! En effet, on est troublé, lorsque Johnny Utah, incarné par le fougueux Keanu Reeves, découvre les sensations du surf nocturne. Il a l’impression de communier avec l’océan. Bien sûr, cette considération ne parlera sans doute qu’aux aficionados de l’océan, comme moi. Mais ses sensations, j’arrive à les comprendre, je parviens à les ressentir. Le manque que l’on a si l’on ne va pas à l’eau, je le saisis parfaitement. Il est clair que lorsqu’on a mis une fois ses pieds dans un océan, si on l’a respecté, s’il ne nous a pas rejeté(e), c’est une longue histoire d’amour qui commence. Bien sûr, si cette expérience vous est étrangère, vous passerez sans aucun doute à côté d’une partie du film, certainement la plus philosophique et la plus mystique.

Car à côté du film policier, c’est un vrai cri d’amour à la nature que nous propose Kathryn Bigelow. A l’eau, dans le ciel ou sur terre, elle nous montre la beauté de notre environnement. Comment ne pas le respecter ? Il est vrai que dans l’imaginaire collectif, les surfeurs sont de fervents défenseurs de la nature… Alors quels meilleurs hérauts que les dompteurs des vagues pour faire passer ce message ?

Bien sûr, il faudra fermer les yeux sur quelques incohérences. Encore que… Nos personnages sont des êtres humains, il est logique, qu’ils se contredisent ! Le plus bel exemple, c’est le personnage de Bodhi auquel Patrick Swayze donne magistralement vie. Côté pile, Bodhi est un beau gosse : blond, les yeux bleus, la barbe de trois jours. Il surfe comme un dieu. Il a une mentalité qui fait de lui un super pote et un amant très sollicité ! Lors d’une soirée, il dit sans complexe à Johnny, son protégé : « Tout ce qui est à moi est à toi. Fais comme chez toi ! » Côté face, c’est un être bien plus obscur : il prône la non violence, et pourtant, il terrorise les employés de banque, il n’hésite pas à faire enlever son ex petite amie, il se bat fièrement pour défendre ou son territoire ou son ami (dans ce cas précis, on le félicite)… Ou encore, il critique ses concitoyens « qui s’entassent dans des cercueils en métal aux péages » alors que lui utilise les phares des pick-up de sa bande pour éclairer le feu de camp de la plage !

Johnny est aussi un personnage très duel  car il se retrouve au milieu du trio infernal : passion, amour, amitié. Comment concilier les trois, surtout quand on est un agent fédéral ? Je crois qu’il ne parviendra jamais à le faire… Il ira contre les règles pour venir en aide à celle qu’il aime. Il ne pourra jamais se résoudre à arrêter Bodhi, son mentor. Il lui cèdera encore lorsque le gourou le suppliera : « Laisse-moi juste une vague. » Tout comme il ne pourra jamais raccrocher sa planche. Après un retard, il lance à son supérieur : « J’ai chopé une déferlante d’enfer ce matin, chef ! » A la fin du film, on voit aussi que son personnage a changé de look : tout de jeans vêtu, il s’est laissé poussé les cheveux. Je vous le disais quand on goûte à l’océan, on ne peut plus s’en passer ! Son geste le plus fort : jeter sa plaque à l’eau en pleine tempête !

Mais ces deux personnages sont très attachants : Bodhi, on a envie de tout lui pardonner. Quoi de plus normal pour un surfeur que de vouloir surfer les meilleurs spots au monde ? Vous me direz qu’il y a d’autres moyens ! C’est sûr… Je vais être l’avocat du diable : ces braquages se font toujours sans effusion de sang (enfin presque !). Et puis rappelez-vous : le surf ne s’est professionnalisé que dans le courant des années 90. Avant Kelly Slater qui a rendu ce sport ultra populaire, le surf était un milieu très marginal. Les sponsors ne se bousculaient pas au portillon ! Il fallait une solution, la bande à Bodhi a choisi de s’attaquer à un spectre du capitalisme ! Et Johnny nous émeut par sa naïveté, due à son jeune âge, mais aussi par son idéalisme. On a sans cesse envie de lui dire de faire attention à lui, de ne pas trop s’attacher…

Sachez que si ces rôles sont aussi criants de vérité, c’est grâce à leurs interprètes. Par exemple, pour la scène de la chute libre, Patrick Swayze ne s’est pas fait doubler. C’est une discipline sportive qu’il pratiquait. Son corps d’Apollon et ses gestes gracieux sont l’heureuse conséquence des années qu’il a passées sur les parquets des studios de danse. Keanu Reeves, lui, s’est un peu plus préparé physiquement : il a eu la chance d’observer de vrais agents du FBI de Los Angeles en action. Et pour peaufiner son jeu de footballeur américain, des entraîneurs de la prestigieuse université UCLA lui ont dispensé des cours !

Autre clin d’œil autour de ce film : la patte de James Cameron. En lisant à droite et à gauche des articles, je me suis rendue compte que les fans de mister Cameron avaient décelé dans ce film la signature du réalisateur, que l’on retrouvera dans ses productions. Par exemple, la célébrissime réplique de Johnny Utah « Je suis le roi du monde », reprise des années plus tard par un certain Leonardo di Caprio / Jack Dawson dans Titanic. Ou encore l’image de la femme forte : Tyler (jouée par Lory Petty) évolue courageusement dans un milieu d’hommes, un peu comme Linda Hamilton / Sarah Connor dans Terminator. Autre détail qui n’aura pas échapper aux passionnés : le fusil à pompe que Bodhi recharge d’une main, à la manière d’un Terminator !

Ce film a très nettement marqué son époque, il a très facilement passé le cap de la postérité. Aujourd’hui, il est culte ! Aux MTV Awards, Reeves a été sacré meilleur acteur face à Swayze, qui été aussi nominé. Des années plus tard, en France, on rend hommage à ce surf movie. D’abord dans la cultissime Cité de la Peur des non moins cultes Nuls. Alain Chabat reprend une scène, celle où Johnny loupe (volontairement) sa cible et vide son chargeur en tirant en l’air. Plus tard encore, Jean Dujardin, alias Brice de Nice, fait de Bodhi, son unique source d’inspiration dans la vie, allant jusqu’à voir plus de mille fois le film !

Publicités
commentaires
  1. MASCETTI dit :

    J’aime beaucoup votre article et je suis tout à fait d’accord avec vos commentaires.
    Merci pour ces quelques lignes.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s