Archives de la catégorie ‘Mes coups de coeur…’

En avant moussaillon !

Publié: 23 mars 2011 dans Mes coups de coeur...

Toutes les modeuses le savent, la marinière est une pièce maîtresse de leur dressing. Revenue en force l’été dernier, elle n’a jamais vraiment quitté le haut du catwalk de la rue ! Mais comment ce vêtement populaire et masculin est devenu un incontournable ?

A l’origine, la marinière était portée par les marins-pêcheurs. Jusque là, rien de nouveau sous l’éclairage des spotlights ! En revanche, ce que vous ignorez peut-être, c’est que dès 1858, l’esthétique de la marinière est codifiée selon des règles très strictes : « 21 raies blanches larges de 20 mm et 20 ou 21 raies bleues larges de 10 mm, pour les manches 15 raies blanches et 15 raies bleues. La marinière doit être en jersey, ses manches ¾ ne doivent pas dépasser la vareuse et son col monte au ras du cou. » (Les marins font la mode, éd. Gallimard). Mais le monde merveilleux de la mode est venu mettre son grain de sel, pour notre plus grand bonheur !

C’est d’abord Coco Chanel qui l’apporte (et la porte) sur les podiums de la capitale dans les années 1910. Elle détourne ainsi son premier vêtement masculin, tout en apportant plus de confort aux femmes. Un acte à la fois militant et révolutionnaire au début du siècle dernier.

Mais c’est à Jean-Paul Gaultier que la marinière doit ses lettres d’or. Il en fait sa marque de fabrique en la portant lui-même, en la déclinant, en la customisant. En 1983, l’enfant terrible de la mode propose sa collection Boy Toy où l’homme porte des jupes et des marinières très ajustées. Depuis le génial créateur est fidèle à ce vêtement, même si les tenues qu’il revêt se sont assagies avec l’âge.

D’autres couturiers lui ont bien sûr emboîté le pas, avec plus ou moins de succès. Chaque marque, chaque boutique de prêt-à-porter a sa marinière.C’était vrai pour la saison 2010. La plus emblématique ? Petit Bateau bien sûr, avec ses traditionnelles marinières bleues et blanches, et rouges et blanches. D’autres maisons avaient lancé leur habit de marin, en changeant les couleurs, en transformant le vêtement, en robe, en jupe ou en veste. Et c’est encore vrai pour les beaux jours 2011 : les marinières sont toujours sur les portants. Même les footballeurs de l’équipe de France nous la pique : leur nouveau maillot a le pied très marin ! Gageons que ça leur porte-bonheur (en leur évitant un nouveau naufrage) !

Vous l’aurez compris, la marinière est aujourd’hui un basique des placards des fashionistas, un must-have. Les filles, vous savez ce qu’il vous reste à faire : partir en quête de VOTRE marinière idéale !

An American Idol

Publié: 28 février 2011 dans Mes coups de coeur...

Huit février mille neuf cent trente-et-un. Il y a tout juste quatre-vingts ans, une icône, un mythe du cinéma US voyait le jour à Marion (Indiana), une petite bourgade de l’Amérique profonde. Son nom ? Peut-être l’aurez-vous deviné ? James Byron Dean. Et cinquante-cinq ans après sa tragique disparition, sa légende fait toujours fureur. Son pari sur l’éternité, Jimmy l’a remporté haut la main. « La seule grandeur pour un homme, c’est l’immortalité », disait-il.

James Dean, c’est d’abord une belle gueule, une sacrée belle gueule même, des traits incroyablement modernes pour les fifties. Amusez-vous à regarder les clichés de Dennis Stock, de Sanford (dit Sandy) Roth, de Phil Stern ou de Roy Schatt, vous verrez sa bouille intemporelle. Il aurait pu être un jeune d’aujourd’hui, alors qu’il vivait hier. C’est peut-être pour ça qu’il continue de nous toucher : ses attitudes so rebel, son regard par en-dessous, sa moue boudeuse ont fait craquer tous les garçons et les filles à travers les âges.

Mais Jimmy Dean, c’est aussi et surtout trois grands rôles au cinéma dans lesquels il crève l’écran. La révélation avec Cal Trask dans East of Eden / A l’Est d’Eden d’Elia Kazan. L’explosion avec Jim Stark dans Rebel without a cause / La fureur de vivre de Nicholas Ray. La consécration avec Jett Rink dans Giant / Géant de George Stevens. Le dénominateur commun à ses trois rôles ? Le personnage du rebelle, celui qui cherche à se faire aimer, celui qui cherche à se faire respecter et celui qui cherche à sortir du lot. Bien sûr, chaque interprétation a sa propre dose de rébellion, et aucune des trois n’est un copié/collé de l’autre. Pour chacune, Jimmy a vécu le rôle, il est devenu LE personnage. Adepte de La Méthode, il a mis un peu de lui dans ces trois garçons, notamment son incommensurable besoin d’être aimé (sa mère est morte quand il avait neuf ans et dans la foulée, son père le confie à sa sœur). Ou encore ses rivalités avec la figure paternelle (le presque abandon de Winton Dean – ils se verront peu jusqu’aux 18 ans de James ce qui marquera à jamais leur relation père/fils) : Elia Kazan dira : « Il est Cal. Il en veut à tous les pères. » Cette dualité, Dennis Hopper, qui l’a fréquenté sur les plateaux de Rebel et de Giant, la résume ainsi : pour lui, James Dean avait « une part de Monty Clift qui disait aime-moi, et un peu de Brando qui disait va te faire foutre ».

Au-delà du 7ème Art, Jimmy est une petite révolution. Sa tornade blonde a considérablement fait évoluer les mœurs. Grâce à lui, on ne passait plus de l’enfance à l’âge adulte. Il a donné ses lettres de noblesse à l’adolescence, si j’ose dire ! Il est le tout premier teenager : il a rendu possible cette période un peu névrosée, où l’on ne sait pas où l’on va, ni quoi faire. Cette tranche de vie où l’on s’affirme, où l’on se révolte, où l’on brûle la chandelle par les deux bouts. Et Sal Mineo, qui interprète le jeune Plato dans Rebel, l’a bien compris : « Avant James Dean, on était un enfant, et on devenait un adulte. Grâce à lui, on pouvait revendiquer le fait d’être un teenager. » Les adolescents du monde entier ont enfin leur roi, symbole d’une jeunesse éternelle : un type absolument génial, charismatique au possible, un poil caractériel, à la beauté insolente, vivant à 200 à l’heure (ne disait-il pas lui même qu’« il faut vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre » ?), multipliant les aventures artistiques (il sculpte et dessine), les expériences sportives (il s’est brillamment illustré dans des courses autos), aimant les filles et les garçons… David Dalton, un de ses biographes (peut-être le meilleur ?), le considère comme la toute première icône pop. Voici comment Martin Sheen voit les choses : « On dit que Marlon Brando a changé la façon de jouer des acteurs, James Dean, lui, a changé la façon de vivre. » Jimmy est devenu un symbole pour toute une génération. Et il continue de l’être. Poussons le bouchon à l’extrême. Elvis Presley clamait haut et fort son attachement à James Dean : le King aurait-il été le King sans Dean (même s’il ne fait aucun doute que le garçon avait un joli brin de voix, un jeu de jambes et un déhanché absolument incroyables !) ? Pas si sûr ! Saurions-nous révolter ? Etre revendicatif ? Avouez qu’il est plus aisé d’agir quand on a un modèle ! Et à titre strictement personnel, je tiens à remercier Jimmy qui a donné un supplément d’âme à toutes ces personnes qui ont du caractère. Car il y a des bruits du côté d’Hollywood qui racontent que Dean n’était pas facile, qu’il était capricieux, parfois méchant… Enfin, si vous vous plongez dans la multitude de livres qui lui sont consacrés, vous trouverez tout et son contraire. Et bien sûr, en tant que Dean addict, je ne retiens que le meilleur, et quant aux attitudes borderline, j’ai envie de dire que Jimmy était simplement humain.

On ne peut que regretter de ne pas avoir eu la chance de voir James Dean exploser dans d’autres films, briller dans d’autres rôles (il aurait dû jouer dans Somebody up there likes me / Marqués par la haine, et c’est Paul Newman qui le remplacera), et étinceler derrière la caméra (il avait pour projet de réaliser un film sur Billy the Kid) ou l’objectif (il photographiait beaucoup). Humphrey Bogart disait : « Il est mort juste au bon moment. S’il avait survécu, il n’aurait jamais pu être à la hauteur de sa réputation. » Mais je préfère me ranger à l’avis de Paul Newman : « Je pense qu’il nous aurait tous les deux surpassés, Marlon et moi. Je crois qu’il serait entré dans les classiques. » En tout cas, et vous l’aurez compris, Jimmy Dean est dans mon panthéon, sur la plus haute marche, où il règne en maître absolu, indétrônable depuis dix-huit ans…

Avé César

Publié: 27 février 2011 dans Mes coups de coeur...

25 février 2011. Théâtre du Châtelet (Paris). Tout le gratin du cinéma français est réuni pour la prestigieuse cérémonie des César. La 36ème du nom.  Parmi tout ce beau monde, deux invités de marque : la plus francophile (et francophone) des Américaines, Jodie Foster, une classe folle ! Cette année, c’est elle la présidente. A ses côtés, le déjanté Quentin Tarantino qui vient recevoir un prix d’honneur, et ça, c’est un secret de polichinelle ! Et pour orchestrer le bal des joies, des surprises et des déceptions, c’est un habitué du petit et du grand écran, un enfant de la télé et du rock, qui a en lui le fameux « esprit canal » (en référence à Canal +, la chaîne qui retransmet la soirée), monsieur Antoine de Caunes. C’est parti pour trois heures de direct !

Premier constat important, pour cette 36ème édition, aucun film n’a tout raflé. Le palmarès est plutôt diversifié, et c’est tant mieux ! Antoine de Caunes laisse volontairement échappé : « C’est parce que Jacques Audiard n’avait rien sorti dans le courant de l’année. » Car vous n’avez certainement pas oublié les razzias (certes méritées, mais là n’est pas la question) made in Audiard : huit César pour De battre mon cœur s’est arrêté, et neuf récompenses pour Un prophète (dont le fameux meilleur espoir masculin et meilleur acteur pour Tahar Rahim). L’Académie des Arts et Techniques du Cinéma (qui réunit plus de 3000 votants) en a décidé autrement.

Quatre films sortent du lot. The Ghost Writer de Roman Polanski remporte quatre prix : celui du meilleur réalisateur, meilleure adaptation (Polanski a promis de le remettre dès le lendemain à Robert Harris), meilleure musique et meilleur montage. Difficile de ne pas songer aux déboires judiciaires du cinéaste, tant la grande famille du 7ème art en a un poil trop fait. Cela dit, The Ghost Writer est un excellent film qui ne démérite pas. Ces récompenses sont largement justifiées : le talent de Polanski n’est plus à démontrer. Quant à la musique, elle est en effet, une des pièces maîtresses du film : toujours présente, lancinante, obsédante, faisant monter la pression, le stress, la tension. Un personnage à part entière ! Je note cependant que Roman Polanski a été très sobre au final, remerciant son épouse et quelques proches pour leur soutien. Tout juste a-t-il précisé qu’il a fini son film « en prison ».

Des hommes et des dieux, le grand favori, obtient le très prestigieux et convoité César du meilleur film. Visiblement ému, le discours de remerciements de Xavier Beauvois, l’heureux réalisateur, nous emmène dans son enfance : « Quand je serais grand, comme métier, je veux faire François Truffaut ! » Il en profite aussi pour lancer un message politique, ou plutôt de tolérance. Mais revenons au film : je précise ici que je suis allée le voir un peu par dépit, un peu forcée par quelques amis cinéphiles. Et bien m’en a pris : j’ai dépassé mes préjugés, je craignais un film trop religieux, et quel beau travail Xavier Beauvois nous offre. J’ai été complètement conquise. J’ai tout aimé : le silence, la contemplation, le mélange des cultures, la foi des moines, leurs rires, leurs inquiétudes, les paysages, et bien sûr l’incroyable jeu des acteurs. D’ailleurs l’Académie a honoré Frère Luc, mon coup de cœur du film. Ce religieux médecin, conseiller et philosophe crève l’écran. Quel charisme ! Et sa voix à la fois douce, calme et feutrée ! A 80 ans, Michael Lonsdale ne peut retenir un très touchant : « Ah ! Te voilà petit coquin ! » Un autre César se rajoute à la liste, celui de la meilleure photographie, avec Caroline Champetier.

Sur la troisième marche du podium, Gainsbourg (Une vie héroïque) est distingué trois fois : meilleur premier film, meilleur acteur et meilleur son. Je ne peux que saluer la performance d’Eric Elmosnino : il est impressionnant en Gainsbarre, l’homme à la tête de chou. En revanche, je suis beaucoup plus réservée sur l’ensemble du film : je m’y suis ennuyée ferme, j’ai trouvé que Laëtitia Casta parodiait très mal la légendaire BB. J’ai été déçue que Simon Weber a disparu de Fabrice Gobert ou encore L’Arnacoeur de Pascal Chaumeil ne soient pas récompensés (même si ce dernier film me semble difficilement « césarisable », aussi excellent soit-il).

Arrive juste derrière, Le Nom des gens, un autre résultat contestable pour moi, tant je n’ai rien aimé dans ce film. Selon les spécialistes, il est LA surprise de cette soirée, attendue comme telle, il faut bien le préciser. Michel Leclerc et Baya Kasmi obtiennent le César du meilleur scénario original. Et la toute jeune Sara Forestier rafle le César de la meilleure actrice, face, notamment à, Kristin Scott Thomas pour Elle s’appelait Sarah ou encore Charlotte Gainsbourg dans L’Arbre, deux interprétations des plus bouleversantes (et à mon avis, éprouvantes pour les actrices). Cela dit, la demoiselle a fait souffler un vent de fraîcheur, précisant qu’elle « n’avait rien préparé » si ce n’est sa « culotte porte-bonheur, et le pire c’est que c’est vrai ! » Et d’ajouter : « Avant de jouer le rôle d’une pute politique, je ne connaissais rien à la politique et j’étais vierge ! » Eclat de rire de l’assistance.

Autres trophées très attendus, ceux du meilleur espoir masculin et féminin. Le premier m’a ravie. Edgar Ramirez l’emporte haut la main. Il a interprété Carlos dans le film éponyme. Personnellement, il m’a scotchée : les transformations physiques qu’il subit, les accents qu’il emprunte, son jeu… Impressionné et troublé, il se perd dans les remerciements qu’il avait notés dans son smartphone ! Et l’émotion est contagieuse, je sentais son cœur battre ! Un autre beau moment, c’est l’arrivée de Leïla Bekthi pour Tout ce qui brille : il en fallait une, et cette année, c’est elle qui était à deux doigts de flirter de très près avec le tapis rouge ! Visiblement gênée par une robe trop décolletée, elle ne peut contenir sa joie, ses larmes. Un petit bémol tout de même, j’ai trouvé le film très commun et rempli de clichés faciles…

A noter aussi que le merveilleux Océans de Jacques Perrin remporte le César du meilleur documentaire (j’aurais attribué un prix ex-æquo avec le formidable Benda Bilili) : quatre années de tournage ont été nécessaires pour le réaliser ! David Fincher est récompensé quarante-huit heures avant les Oscars, avec le César du meilleur film étranger pour son The Social Network : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’univers de Facebook, des origines à aujourd’hui, sans oser le demander ! Le sympathique Adèle Blanc-sec voit les décors d’Hugues Tissandier récompensés. Pardon à trois autres lauréats, Anne Alvaro, meilleur second rôle féminin dans Le bruit des glaçons, Caroline de Vivaise, meilleur costume pour La Princesse de Montpensier, et à la joyeuse bande de Logorama, meilleur court-métrage, mais je n’ai pas vu leurs œuvres, et je ne peux donc émettre aucun avis.

Une nouveauté pour ce nouvel opus : le César du meilleur film d’animation. Il revient à L’illusionniste de Sylvain Chomet, un dessin animé à l’ancienne empli de poésie et de douceur.

Comme chaque année, un César d’honneur est attribué à une personnalité pour sa contribution au cinéma. Cette année, et vous l’aurez compris quelques lignes plus haut, c’est Quentin Tarantino qui a reçu cet honneur. Moi, j’applaudis des deux mains : ces films sont de petites merveilles. J’aime son côté provocateur, dérangeant. Et là où l’on voit que QT est un grand enfant, c’est au moment de son allocution, toute simple, modeste, presque gênée… Bon le côté foufou revient très vite, à la fin, il hurle un « vive le cinéma ! », le poing levé, complètement habité. Antoine de Caunes a fait une hilarante présentation de Tarantino. Il insiste sur le mot fuck, le tout dans un anglais au bon vieil accent franchouillard. C’est vrai que si l’on regarde d’un peu plus près, le cinéma américain use et abuse des noms d’oiseaux. La plaisanterie se poursuit jusqu’à l’arrivée d’un phoque, un vrai, sur scène ! Rire général. Tarantino est aussi chouchouté par les danseuses burlesques de Tournée qui se jettent sur lui ! Oui, on peut le dire, c’était une bonne soirée pour notre guest star.

Personnellement, j’ai deux regrets : le génial Les petits mouchoirs du talentueux Guillaume Canet et le percutant L’homme qui voulait vivre sa vie d’Eric Lartigau sont rentrés bredouilles. Autres grands perdants de la soirée, les monstres sacrés de notre cinéma : Gérard Depardieu pour Mammuth et Catherine Deneuve pour Potiche ont été boudés par notre panel. Sans oublier Mathieu Amalric, également au rang des vaincus de la nuit.

Un mot sur la présentation de la soirée. Antoine de Caunes a été fidèle à sa verve, à son esprit caustique et à ses blaguounettes piquantes. On aime ou on n’aime pas. Moi, j’adhère à sa fantaisie, mais tout n’est pas parfait. C’est sûr, c’est moins ronflant que les autres années (notamment avec le duo Valérie Lemercier et Gad Elmaleh), plus rock. De Caunes a lancé quelques boutades contre Sarkozy, « si le président était mélomane, sa femme le saurait », il s’est fendu d’une private joke avec Elsa Zylberstein (la nouvelle madame de Caunes aura sans doute ri un peu jaune !), il a apostrophé Carlos, le vrai, qui appréciera la récompense « du fond de sa cellule », a tapé sur les doigts de Jean-Luc Delarue (un ancien de C+)… Il a aussi merveilleusement introduit les disparus de la grande famille du cinéma, avec un portait de Bernard Giraudeau des plus touchants. Je note cependant quelques petits couacs : le sketch sur le western français (beaucoup trop long), les interventions d’Elie Semoun (à trop en faire, il en devient fatiguant) et de Pascal Elbé (pas drôle du tout et le tacle envers Les Petits Mouchoirs, « mais Pascal, tu es une… belle personne », pas franchement utile). Allez « Mes petits chatons » (copyright Valérie Lemercier), il est temps que le rideau tombe. Ca a été une belle soirée cinéma !

L’enfant amoureux du rock

Publié: 26 janvier 2011 dans Mes coups de coeur...

Le 14 décembre dernier, la librairie Mollat accueille un enfant du rock et de la télé : Antoine de Caunes fait une escale bordelaise pour nous présenter son Dictionnaire des amoureux du rock. Le rock, une musique qui est « la bande-son » de sa vie, comme il s’amuse à le préciser.

Antoine de Caunes n’avait pas l’intention d’écrire sur le rock, mais le projet proposé les éditions Plon l’a séduit : « Le dictionnaire est un pur prétexte à un abécédaire. Ce qui est important, c’est le mot amoureux. » Avec cette simple phrase, l’ancien trublion du PAF a tout résumé : il nous propose une tendre balade dans ses souvenirs. Et comme il a eu la chance de côtoyer les plus grands, de rencontrer certains artistes parfois à leurs débuts, de fréquenter les salles les plus mythiques, la lecture de cet ouvrage est un pur ravissement ! Et si vous êtes comme Antoine de Caunes, un/e amoureux/se du rock, ce qui mon cas, votre plaisir n’en sera que plus intense. Mais attention, ce ne sont pas des « mémoires déguisés ». Ca, il ne voulait surtout pas. Il souhaitait « un livre contemporain ». Il précise juste : « Il y a une émotion, toujours un peu d’humour. C’est une musique agitée, bordélique qui m’a toujours donné espoir et confiance, même dans les moments difficiles. »

Sa culture est principalement anglo-américaine : son premier déclic a eu lieu grâce quatre garçons dans le vent, alias les Beatles au grand dam de son père. Alors bien sûr, le jeune de Caunes n’hésite pas à boucler ses bagages pour aller découvrir la musique qu’il aime. Et malgré tout l’amour qu’il porte à ce son, il ose l’égratigner au passage : « Pour moi le punk, c’était une excellente nouvelle. Le rock était devenu ronflant, un truc emmerdant, une musique de grand-père. » Sans aucun doute, cette nouvelle vague a été salvatrice et a été permis au rock de se renouveler, de redevenir ce chant rebelle. Et comme à chaque nouvelle crise, il en sort plus fort, plus écouté que jamais ! De Caunes sort à nouveau ses gentilles griffes, un poil acérées, pour écorcher un mythe, une légende bien vivante, U2, ou « le plus grand groupe de rock au monde, mais je me méfie toujours des étiquettes ou des petites cases ». A propos de son leader, il n’y va pas par quatre chemins : « C’est une bonne tête à claques quand même ! » Car la bande à Bono use et abuse de son statut de rockstar au profit de la bonne conscience collective. Bien sûr on ne peut qu’adhérer à ses causes, mais comme le signale notre enfant du rock, « il a quelque chose de très sérieux, de pontifiant, mais on est très loin du rock ». Et de saupoudrer le tout de : « La raison d’être de ces artistes, c’est de militer pour un monde meilleur où on serait tous potes… La guerre, c’est moche… Pour ça, on a Patrick Bruel ! », sous un rire général. Et quelque part, il a raison (pourtant j’adore nos Irlandais).

Le rock aujourd’hui reste très présent sur les ondes : des stations de radio lui consacrent des plages horaires entières pour le plus grand bonheur de nos « cages à miel » comme dirait Francis Zegut, le monsieur rock de RTL2. Mais son écoute a considérablement changé : pour la génération d’Antoine de Caunes, le rock était un moyen de s’opposer, notamment au ronron familial. Aujourd’hui, parents et enfants écoutent la même musique, ce qui peut éviter des grosses erreurs de castings à nos chérubins (enfin, ceci est un avis strictement personnel !). Mais à la télévision, le rock brille par son absence : on diffuse des musiques beaucoup plus commerciales. Et il en est surpris : « Je m’étonne qu’il n’y ait pas de magazines consacrés au rock ou à la pop-culture. » Et d’ajouter un tantinet dépité : « Ils préfèrent réactiver Champs Elysées. » Un constat en effet qui fait froid dans le dos ! Mais alors Antoine, pourquoi ne pas relancer une émission ? Sa réponse est sans appel : « Je n’ai plus l’âge de ces conneries. Il faut vraiment des gens jeunes avec un point de vue radical. » Euh… Présente !

Le chauvinisme rock made in Bordeaux

Comme cette rencontre avec Antoine de Caunes a lieu à Bordeaux, Bordeaux la belle endormie, sauf pour le rock (il existe des petites scènes ou salles où les groupes mettent le feu), il ne pouvait pas couper à notre culture rock. Une question me brûlait les lèvres, mais un monsieur m’a devancée (quel soulagement pour la timide que je suis !). Légèrement inquiet, il voulait savoir si le fait que Noir Désir ne soit pas mentionné était un oubli volontaire ou pas. Réponse de l’intéressé : « C’est pas du tout mon truc. Je suis passé complètement à côté. Ce n’est pas que je n’aime pas ça ou quoi : j’ai de l’estime pour eux, pour ce qu’ils ont fait, mais je n’ai pas été dans ce moment là. » Et de souligner : « C’est bien dommage que l’on parle du groupe ailleurs que dans la rubrique musique. » Je ne peux qu’être d’accord. Bon, me(nous) voilà rassurée(s). Mais comme on l’aime très fort notre ville, et que certaines personnes sont expertes en musique (ou assez âgées pour avoir vécu certains day D), un autre doigt se lève dans l’assistance… Son but : pointer du doigt une erreur dans l’œuvre de de Caunes. En effet, un passage est consacré aux Pink Floyd, et à leur première venue en France « (…) ce 23 janvier 1970 au théâtre des Champs Elysées pour le premier (me semble-t-il) concert français de Pink Floyd (…) » –page 412. La précision entre parenthèses est intéressante, car notre courageux spectateur annonce fièrement : « En fait, le premier concert des Floyd en France, c’était en 1969 et c’était à Bordeaux. » Bon joueur Antoine de Caunes sourit franchement, et je pense que tout le public entend des cocoricos bordelais dans sa tête et dans son cœur !

Pas rébarbatif pour un sou, ce dictionnaire se laisse feuilleter au gré de nos envies, de notre propre culture musicale. Le style de de Caunes se lit avec bonheur, avec un petit sourire en coin. Dans un premier temps, ma curiosité a été attirée par un article répondant au doux titre de Vieux con : j’ai beaucoup ri, tout en me disant, m***, moi aussi je « vieuconise » alors que presqu’une trentaine d’années nous sépare Antoine et moi ! Puis j’ai dévoré les articles consacrés aux Rolling Stones, à U2, au Boss, à Bashung, à Téléphone, à Stephan Eicher, à Neil Young… : c’est génial de se plonger dans les souvenirs de l’auteur, souvent épiques, de rire avec lui, de ressentir son vécu ! Un vrai moment de partage que j’essaie de prolonger au maximum. Je ne lis pas, je savoure ! Car ce livre est devenu une sorte de doudou : dès que je vais quelqu’un part, hop, je le prends sous le bras, et je le bouquine. Loin d’être une nouvelle encyclopédie sur le rock, certains artistes brillent par leur absence : il fallait bien faire des choix  et le vagabondage d’Antoine de Caunes l’a mené ailleurs ! Il le confesse lui-même : « Il en manque, et au final, j’aurai pu écrire le double ! » Et d’ajouter en souriant : « Attention, je ne vous menace pas d’un second volume ! » Dommage, je vote pour sans l’ombre d’une hésitation.

Info plus :

  • Antoine de Caunes, Dictionnaire des amoureux du rock, Plon, 2010.

A découvrir aussi :

  • Chorus – coffret 3 DVD : l’émission rock animée par Antoine de Caunes de 1979 à 1981.

Les documentaires sur « l’enfant terrible de la mode » sont rares, alors, autant ne pas les manquer quand l’occasion se présente de plonger dans l’univers du génialissime Jean- Paul Gaultier. Vendredi soir, France 5 nous a régalé avec un numéro d’Empreintes consacré au créateur, Jean-Paul Gaultier ou les codes bouleversés. Pas de panique chers/ères fans, une session de rattrapage vous attend sur le replay de la chaîne jusqu’au 28 janvier.

Le film proposé par Farida Khelfa dresse un portrait touchant et humain du passionné et passionnant Jean-Paul Gaultier. Rendez-vous au 325, rue Saint Martin (Paris 3è) où il a installé ses bureaux, son antre. Le lieu est immense, chic et chaleureux, à l’image de notre hôte. On se sent proche du bonhomme, peut-être car la réalisatrice est une intime, elle a défilé pour lui à ses débuts. Ou peut-être tout simplement, parce que la griffe Gaultier, c’est l’humanité. C’est ce qu’il dégage de lui : ses yeux pétillent, son visage affiche un franc sourire, sa voix est chantante… Beaucoup de douceur s’échappe de Jean-Paul Gaultier. Car il n’a jamais oublié d’où il venait : Arcueil, une petite ville de banlieue, située dans le Val-de-Marne. Car son premier mannequin était son ours en peluche : du haut de ses six ans, il l’habillait et le déshabillait au gré de ses envies. Car il n’a jamais oublié ses proches (aujourd’hui disparus) qui lui ont permis sa formidable ascension : ses parents, qui avaient une grande ouverture d’esprit, sa grand-mère, un personnage très original qui a choyé son petit-fils, Francis Menuge, son grand amour qui a toujours cru en lui.

Plusieurs célébrités interviennent dans ce portrait. Il avoue à Dita Von Teese (à qui il a dessiné une tenue) qu’il rêve d’habiller une revue, « je suis sûr qu’un jour, je le ferai ». Et si le cabaret propose la jolie effeuilleuse comme meneuse, c’est encore mieux ! A Carla Bruni (qui a été mannequin pour JPG), il confie ne pas assez s’investir à son goût dans la lutte contre le sida, mais comme il arrête ses activités avec Hermès, il va pouvoir inverser la tendance. Gaultier est un homme très pudique, qui n’aime pas dévoiler ses sentiments. Et c’est avec beaucoup de retenue qu’il évoque le décès de son ami, « je préfère avoir vécu cette souffrance, mais connu l’amour ».

Mais c’est sur le podium que le couturier tombe le masque : extravagant, rebelle, original, voilà comment on peut définir le style Gaultier. Ses premières armes, il les fait dans la prestigieuse maison Cardin. Puis, il rejoint Jacques Esterel, et enfin Jean Patou. Retour chez Pierre Cardin qui l’envoie aux Philippines pour dessiner des modèles destinés à séduire le marché américain.  Il se lance en 1976… Sans grand succès. C’est la maison japonaise Kashiyama qui le propulse en lui demandant de dessiner une collection. Les années 80 sont les siennes. Il a inventé un nouveau classique : les corsets coniques pour les femmes, les jupes pour les hommes, les marinières pour les deux ! En fait, il ne quittera plus jamais le haut du podium. Ces défilés sont un spectacle : jamais vous ne verrez sur le catwalk une beauté traditionnelle. Place aux mannequins tatoués, piercés, aux femmes rondes, voire très rondes, aux modèles typés… Tout le gratin se l’arrache, Madonna, Mylène Farmer, Kylie Minogue, Catherine Ringer, et même Yvette Horner. Il s’attaque aussi au Septième Art en créant des costumes pour Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, La cité des enfants perdus, pour Luc Besson, Le Cinquième Elément… Les années 90 marquent les nez : deux parfums naissent, Jean Paul Gaultier qui deviendra Le Classique pour les dames en 1993. Nouvelle récidive en 1995 avec Le Mâle pour les messieurs et aussi leurs compagnes qui n’hésitent pas à leur piquer leur fragrance. Depuis il caracole en tête des ventes dans les parfumeries avec les déclinaisons estivales de ces deux produits phares, auxquels s’ajoutent Fragile, Ma Dame, Classé X, Gaultier 2, Les Fleurs du Mâle, Le Mâle Terrible. Depuis 1983, il est donc incontournable : il nous habille et nous parfume avec une dose de provocation !

Son inspiration, il la puise dans ses références cinématographiques : c’est après avoir vu Falbalas de Jean Becker, que l’adolescent aurait décidé de devenir couturier. Il se souvient aussi des trésors qu’il trouvait chez sa grand-mère, qui l’autorisait à fouiller dans sa malle : il y a découvert les fameux corsets, sa signature aujourd’hui, les tissus satinés… Les groupes de rock l’influencent aussi. Tout comme la rue qui l’inspire beaucoup. C’est peut être aussi pour ça qu’on se sent proche de Jean-Paul Gaultier. A moins que cela ne soit lorsqu’il sort des coulisses, qu’il vient vers son public, toujours en courant … Toujours avec ce magnifique sourire… Et cela depuis plus de trente ans !

Info plus :

N’hésitez pas à vous plonger dans trois livres (les trois seuls qui existent à ma connaissance) :

  • Farid Chenoune, Jean-Paul Gaultier, Éditions Assouline, 1996 ;
  • Laurent Sebillotte, Jean Paul Gaultier / Régine Chopinot – Le Défilé, Éditions Les Arts Décoratifs, 2007 ;
  • Elizabeth Gouslan, Jean-Paul Gaultier, Punk sentimental, éditions Grasset, janvier 2010.

A noter aussi qu’il existe un autre documentaire sur Jean-Paul Gaultier qui a été réalisé par Tonie Marshall en 2004, l’excellent Les Falbalas de Jean-Paul Gaultier.